L'association Court-circuit-Dordogne et la Sepanso invitent tous les opposants au circuit automobile de Bagatelle (St Crépin de Richemont, dans l'enceinte du PNR PL )à se rendre en masse le mardi 6 mai 2008 à 14 h devant la préfecture de Périgueux pour manifester leur hostilité à ce projet écologiquement désastreux. Ce jour-là, en effet, M le Préfet de la Dordogne entendra le CODERST (Le conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques) dont les représentants donneront leur avis sur cette ubuesque initiative violant l'esprit du récent Grenelle de l'Environnement.

En fonction des graves risques de pollution que le circuit fait encourir aux réseaux hydrologiques locaux, superficiels et souterrains et compte tenu des fermes réserves exprimées par la FFSA (Fédération française des sports automobiles) il serait particulièrement incongru qu'une suite favorable soit accordée à cette initiative hautement préjudiciable au Périgord tout entier  !

Le CODERS  a finalement émis un avis défavorable en sa séance du 6 mai 08.

 

 

                    Revirement inespéré !

Y'a pas encore de quoi pavoiser mais la nouvelle qui s'étend comme un traînée de poudre dans les rangs écologistes rassérène déjà les opposants au circuit de Bagatelle. Selon des sources dignes de foi, et en dépit des conclusions émises, sans discernerment, par des commisaires enquêteurs manifestement favorables au projet - il semble que les autorités préfectorales s'acheminent vers le prononcé d'un refus visant le peu crédible « Musée vivant de l'automobile ancienne » des époux Brooker-Carrey   !-

Ce revirement inespéré semble être dicté par la crainte d'une pollution du réseau hydrogéologique karstique drainant la perte du Trou de Bonneau (ou de bono) dont l'exutoire hypothétique pourrait bien alimenter les bassins de la pisciculture de Brantôme.  Voir nos  précédents articles

Reste que cette annonce, considérée comme fiable en fonction de son origine, ne devrait pas se traduire par une démobilisation prématurée des défenseurs de l'environnement. La manifestation de Nontron, du 17 mai, est maintenue et le site Court-circuit-dordogne propose toujours affiches et tracts destinés à populariser le combat de l'immense majorité de la population du Périgord vert contre le saccage envisagé du ¨PNR PL ! (http://www.court-circuit-dordogne.com/ )

Ch.C le 26/4/2008

 

 

 

 

Trou du Bonant, de Bonneau ou de bon(n)o ?

C'est sur le site des opposants au circuit de Bagatelle (http://www.court-circuit-dordogne.com/index.html) que la vaste perte absorbant, au cœur du tautologique Bois de Bodifer un ruisseau temporaire,  a été dénommée, pour la première fois, Trou du Bonant.

            Repris par le quotidien Sud-Ouest dans son édition du 15/2 le toponyme nouvellement apparu se substituera-t-il demain à la traditionnelle A.O.C Trou de Bonneau qui désigne, depuis toujours, dans la contrée ce remarquable phénomène karstique publié sous sa forme vernaculaire par Ch.C  dès 1986?

            Peut-être s'il est définitivement établi que l'usage de Trou de Bonneau est erroné . Dans l'attente de preuves écrites anciennes irréfutables il ne paraît pas cependant utile de procéder immédiatement à ce remplacement.

Quoi qu'il en soit du choix à opérer dans l'avenir, cette proposition récente pose  malgré tout un intéressant problème d'onomastique.

De prime abord, Il paraissait logique de se fier à la version locale usuelle et d'imaginer qu'on avait affaire à un anthroponyme. Bonneau évoquant un personnage du terroir comme Miette à Nailhac , Jean du noir à Saint Félix de Mareuil, ou Grellety à Chalagnac. (1) Puisque Jules Bonnot, on le sait est mort à Choisy-le-roi et non pas dans les bois de Saint Crépin de Richemont, on écartera toute référence à ce héros populaire du début des temps modernes.

Sans regret on pourra rejeter une allusion hydronymique (Bonneau Bonne eau eau bonne) à la qualité d'une onde promise à une laborieuse circulation souterraine dès qu'enfouie dans la perte. Sa turbidité et sa charge alluvionnaire ne la prédisposent pas plus aujourd'hui qu'hier à une consommation humaine dépourvue de désagréments comme de risques sanitaires  !

En revanche il n'est pas possible d'écarter sans examen approfondi l'hypothèse de la formation du nom à partir du suffixe gaulois on(n)a, on(n)o, la source, le cours d'eau, la rivière,  présent dans Dronne, Nizonne, Lizonne notamment.

L'excellent travail d'André Pégorier  « Les noms de lieux en France, glossaire de termes dialectaux » IGN 1997 révèle une autre piste voisine digne d'intérêt . Selon l'auteur Bono qui peut aussi s'orthographier Bonno serait un mot féminin, en usage dans ce limousin dont fait presque partie la commune de Saint Crépin de Richemont . Il définirait « le terrain marécageux, le bourbier, la fondrière » et évoquerait également le drainage d'eau courante ,ruisselante ou suintante par une dépression ou une doline

La perte du Trou de Bonneau ou de Bonno a tout à voir avec cette description profondément ouverte qu'elle est au beau milieu d'un massif calcaire abondamment recouvert de sédiments argilo-sableux qui ont rendu quasi impénétrables les conduits hypogés de, la cavité.

Quant à l'origine du nom de Bonant elle demeure bien obscure . Elle renvoie, sans plus d'explications, à un exotique Mesnil-Bonant (la ferme de Bonant, bonant n'étant qu'un anthroponyme) petite localité de la Manche : sans doute n'est-elle dans le cas présent, qu'une transcription maladroite de Bono(a) prononcée par un locuteur bilingue français-occitan.

Nous accueillerons avec reconnaissance toute information complémentaire permettant de résoudre ce point d'étymologie encore sujet à controverses  ! 

Ch.C le 3/3/2008

(1) la grotte de la Miette, la goule Jean du noir et le cluzeau de Grellety sont quelques-unes des cavités célèbres du Périgord.

 

 

                

Au pays des tailleurs de meules

 

 

     En Dordogne, l'archéologie industrielle a suscité de nombreuses recherches et d'importants crédits ont été affectés à l'étude, la restauration et la mise en valeur touristique de sites longtemps négligés. Les forges de Savignac-Ledrier, les papeteries de Vaux à Payzac, celles de la vallée de la Couze ou les filatures de Savignac les Eglises et des Eyzies ont bénéficié de l' intérêt récent que portent nos contemporains aux espaces et aux techniques du travail des hommes. Cependant, du tissu économique, agricole, artisanal et industriel des siècles passés, bien d'autres témoins subsistent qui n'ont pas fait l'objet d'une telle attention ; les tailleries de meules sont du nombre. Reflet de la longue histoire de ce terroir elles apparaissent précocement, dès le second âge du fer peut-être et n'entrent en déclin qu'au début du XXème siècle (1). Mais c'est surtout à partir des XIIème et XIIIème siècles que la généralisation des moulins à eau entraîne l'ouverture de nombreuses carrières.

 

     La plupart des horizons géologiques Périgourdins ont fourni, avec plus ou moins de satisfaction, la matière première nécessaire. Calcaires meuliérisés du sud et du sud-est du département, Cénac, la plaine de Bord, la Béssède, Sainte-Sabine…Calcaires jurassiques : site de Pommier, La Chalussie à Savignac les Eglises…Calcaires angoumiens ou coniaciens : Combe-Saulnière à Sarliac sur l'Isle, Moulin de Vigonac à Brantôme, site de Jovelle à La Tour Blanche…Grés de la Double…

Au sud-ouest de Nontron, c'est un tout autre matériau qui a été utilisé. Il s'agit d'alluvions consolidées du Tertiaire continental qui se sont mises en place sur  les couches calcaires crétacées santoniennes et campaniennes. Dans la commune de Saint Crépin de Richemont, ces formations, édifiées avant l'incision des vallées actuelles,  subsistent en position interfluviale de part et d'autre du Boulou notamment ; elles présentent une grande complexité stratigraphique avec alternance de strates de granulométrie variable. Ce sont le plus souvent des bancs à texture grossière (sables grossiers, galets en quartz ou en arkose silicifiée) qui ont été exploités par les carriers locaux.  Onze carrières principales ont été recensées dans la seule commune de Saint Crépin ; d'autres existent dans les communes voisines de Cantillac et de Champeaux. Elles sont de trois types : en tranchée, en cuvette ou de front de falaise et toutes ont livré divers vestiges permettant d'induire quelques-unes des techniques d'extraction et de façonnage mises en œuvre. Blocs en cours de débitage ou débités, meules brisées à différents stades de leur exécution, produits finis prêts à être acheminés…

 

     Des prospections, rendues difficiles par l'absence de sentiers et par l'importance de la végétation forestière mise à mal par la récente tempête de l'hiver 1999, ont cependant permis la découverte, à côté de meules monolithes roulantes et dormantes destinées à l'équipement de moulins à eau, de meules domestiques gallo-romaine et de tradition gallo-romaine ( méta, catillus fragmentés ou entiers ) de bacs et de mortiers. Dans le bassin de la Dronne, de nombreuses villas des 1er au 4ème siècles ont utilisé ces productions. Ces différentes trouvailles attestent la diversité des fabrications réalisées sur place ; information que renforce dans les habitats alentour  le remploi en maçonnerie des rebuts de taille ou de pièces ratées.

 

     La majeure partie des carrières répertoriées a été totalement délaissée dans la seconde moitié du XVIIIème siècle, époque où les meules monolithes, de fabrication délicate, lourdes et de transport malaisé deviennent obsolètes. On leur préfère alors les meules composites en plusieurs quartiers nommés carreaux, assemblés au moyen de plâtre ou d'un ciment spécial et cerclées de fer. Celles, monolithes, qui demeurent en plac,e intactes ou simplement inachevées sur les différents sites parcourus, prouvent bien l'effondrement de la demande des meuniers du Bandiat, de la Nizonne, de la Belle et du Boulou (et, plus largement, de la Dronne).

Privées de ces débouchés, les tailleries disparaissent les unes à la suite des autres. Débâcle économique aux conséquences certainement tempérées par le fait que cette activité était prise en charge à titre secondaire par une certaine couche de la paysannerie locale et que, pour pallier l'extinction de cette activité spécifique, les exploitants sont souvent revenus à une plus classique fourniture de matériaux destinés à la construction (2). C'est ainsi qu'en plein pays calcaire l'architecture vernaculaire a revêtu une robe grise siliceuse qui rappelle le Limousin.

 

 

     L'archéologie permet de dater de la fin de l'indépendance gauloise et, tout au moins, des premiers siècles de notre ère, la mise en service des tailleries de meules de Saint Crépin de Richemont. Très facilement identifiable la roche gréseuse qui a servi à la fabrication des meules rotatives, dont on retrouve en grande quantité les fragments épars sur les principales villas ou vicus régionaux, ne peut guère en effet provenir que de cette fraction du territoire départemental ; Durant prés de 18 siècles le martèlement répétitif des pics des carriers a retenti au faîte des coteaux enserrant la petite localité nord-Périgourdine. Au gré d'improbables pistes sillonnant leurs pentes raides, des centaines, voire des milliers, de meules monolithes ont été péniblement acheminées dans la vallée du Boulou . De là elles furent expédiées dans toute la région. (3). 

Aujourd'hui, toutes les hauteurs impropres à la culture d'où elles furent extraites sont retournées au silence et s'abandonnent désormais à la lande silicicole et à la forêt.

 

Christian-Alain Carcauzon

 

 

(1)Moïse Teyssandier relate, dans Barbasse, souvenirs d'un ouvrier Périgourdin (imprimerie Périgourdine Périgueux 1928) la longue et dure grève des ouvriers meuliers de Cénac qui « poursuivis, chassés, traqués, emprisonnés, résistèrent quand même plus de trois mois » en 1908.

(2)Quand ces débouchés de proximité garantissent, comme, en particulier, aux Brajots (l'actuel Brageaux de la carte I.G.N.) la poursuite de l'exploitation,  les entrepreneurs sont toujours des « Cultivateurs et carriers » comme l'atteste l' acte notarié, daté du 18 août 1827 passé entre Pierre et François Chopinet devant maître Darvand « notaire à la résidence de la ville de Mareuil, Dordogne) »

(3) En Charente leur présence est attestée à plusieurs reprises et elles équipent notamment le moulin de La Mouline à Combiers, comme le confirme encore en 1831 le contrat d'affermage cité par Mme Michèle Aillot dans son récent ouvrage «  Moulins et forges du canton de Villebois-Lavalette. »

 

 

       

           

 

Au printemps 2007  un vaste ensemble de tailleries de meules monolithes a été mis au jour sur le plateau d'Argentine. Aujourd'hui 5 septembre c'est à moins de 500 mètres au sud de celui-çi que de nouvelles carrières viennent d'être découvertes. Les prospections qui se poursuivent pourraient en révéler d'autres dans un secteur où un silo et un probable four à chaux rupestre ont déjà été répertoriés.

Voir  http://argentine24.blog4ever.com nos photos rubrique articles catégorie Argentine sous le titre Les tailleries de meules d'Argentine

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Pour connaître toutes les ressources

Du Périgord vert.

 

 

Pour en savoir plus sur les tailleries de meules de Jovelle (La Tour Blanche)

Voir http://argentine24.blog4ever.com  rubrique patrimoine notre article

Jovelle : la machine à remonter le temps

 



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